La naissance d’une école : Titien, Giorgione, Bellini…
Si Venise rayonne à travers l’Europe, elle le doit autant à ses marchands qu’à ses artistes. Dès la fin du XVe siècle, Giovanni Bellini s’affirme comme le premier grand maître du coloris vénitien. Il dépose sur ses Vierges et ses paysages des glacis subtils, transparents, qui laissent affleurer la lumière comme elle filtre à travers une brume matinale sur la lagune.
Vient ensuite Giorgione, génie météorique dont la carrière est fauchée par la peste en 1510, mais dont la Tempête (Gallerie dell’Accademia) bouleverse les règles de la représentation. Dans cet étrange tableau, la lumière ne jaillit pas d’une source divine ou allégorique : elle circule partout, enveloppe les personnages, mêle atmosphère et narration. L’arrière-plan vibre d’un orage en suspens, magnifié par des verts profonds et des ocres doux.
C’est enfin Le Titien (Tiziano Vecellio) qui, de 1510 à 1576, domine la scène vénitienne. Son génie du coloris éclate dans des œuvres comme L’Amour sacré et l’Amour profane ou L’Assomption de la Vierge. Titien superpose les couches de peinture, travaille à même la toile, ose des rouges flamboyants, des chairs qui semblent palpiter sous la lumière. Grâce à son atelier, Venise devient “l’atelier de la couleur” de l’Europe, défiant la suprématie florentine.
- Giorgione : La Tempête, 1508
- Bellini : Doge Leonardo Loredan, 1501, précurseur d’un réalisme atmosphérique inédit
- Le Titien : plus de 100 œuvres majeures, dont certains évoquent la lumière dorée du soir vénitien